Saturday, May 19, 2007

speed


Jamais rien compris à ces histoires de drogue

Essayé de me faire expliquer par un copain écossais

Il dit

On n’est pas obligé de devenir addict

Question de dosage

Dans l’espace et le temps

Quand même

Lui

Il est un peu speed

Il prend plus rien depuis le Mexique

Si, un peu de canna

Pas de lésion

Pas d’effets secondaires,

Il dit

Je veux pas savoir

Pas voir non plus

Essayé une méthédrine de fiction

Et une herbe de Death Valley qui rend fou

Locoweed

Ça m’a rien fait

Pas de lésion

Pas de…

Surtout quand il me raconte qu’il sniffe aussi de la moutarde (anglaise)

la madone des vitrines

Acte II

« Qu’est-ce qu’elle a à me regarder comme ça, celle-là ? Elle a de la chance que je puisse pas bouger. Dis-donc, c’est pas parce que je suis obligé de montrer mon cul dans une vitrine pour gagner ma vie qu’il faut me prendre pour une pute !... Pas le droit de parler non plus, c’est le règlement, sinon je lui dirais deux mots, à cette mijaurée. Non mais, qu’est-ce que c’est que ces manières… Elle bave, littéralement… T’as jamais vu un mec de près ? Tu veux ma photo ? T’aimerais bien toucher, hein ? Mais pour ça, ma belle, il faudra allonger ton fric. Ah non… Madame n’achète pas… Madame est une reluqueuse… Demain, on rase gratis !… Revenez pour les soldes, on vous fera un prix !... Seulement, il s’agira pas de faire la difficile… Moi, ça fera longtemps que j’aurai fondu entre les doigts d’une middle-class en chaleur. Entre nous, on les appelle demi-mondaines, qu’est-ce qu’elles croient ? C’est qu’elles sont pas comme toi, elles ont pas froid aux yeux. Demande à mes copains. Ceux qui y sont déjà passés… Ah oui, j’oubliais, tu mates aussi la cabine… T’aimerais bien être à la place de la caméra… Rêve toujours… Qu’est-ce que tu veux, la patronne est pas une sainte et y a pas de petits profits. Elle vend les films sous le manteau, à des amateurs, comme on dit… Et puis j’en ai marre qu’on s’intéresse qu’à mes fesses… Moi ce que je voudrais… C’est qu’une petite pas dans ton genre vienne me voler la nuit pour me tirer de cette merde… Une petite qui penserait pas à mal… Qui m’aimerait pour moi, comme ça… Pas comme la vendeuse, qui sait pas quoi inventer pour me palucher, « Oh ? Encore de la poussière ? Pourtant j’ai passé le doigt y a pas dix minutes. Franchement… »

Wednesday, May 16, 2007

heavy lightweight flowing


léger dans la gravité:
on n'arrête pas un fleuve,
si on reste assis assez longtemps au bord,
on doit bien finir par être emporté

Wednesday, May 09, 2007

la femme-tronc


Je suis tombé amoureux d’elle dans la vitrine d’une boutique de mode.

De ses cheveux de poupée, de ses yeux peints, de son masque de cire avec deux rondelles rouges sur le haut des joues.

De ses lèvres scellées sur une parole empêchée – son air « interdit » en effet.

Un chemisier très échancré laissait deviner la naissance d’une poitrine trop belle pour être vraie, durcie d’une arrogance impassible et à l’intérieur de laquelle ne battait aucun cœur et le sang ne circulait pas.

Cette première fois, je me suis vu, dans un reflet déformant de la vitrine, agenouillé derrière elle, mes mains possédant ses seins, ma bouche courant sur son cou lisse et frigide.

A l’intérieur, une vendeuse a fini par s’approcher, avec une moue réprobatrice, à laquelle se mêlait un sourire commercial hésitant qui disait Monsieur désire quelque chose ?

Ça ne se voyait pas ?

Je me suis éloigné.

J’ai attendu l’obscurité.

Je suis revenu devant le magasin.

Le rideau de fer projetait un grillage géant sur sa fausse chair, soulignant plus durement que les reflets trompeurs du jour son destin de prisonnière.

Il y avait eu des filles de chair et de sang, mais elles n’avaient pas compté.

Elles s’agitaient, bavardaient, réclamaient, reprochaient, exprimaient des désirs contre lesquels les miens devaient toujours rivaliser.

Je les avais quittées, elles m’avaient quitté, et j’avais renoncé à poursuivre ces expériences déplorables, n’en regrettant que les instants du plaisir qui ne laissent éphémèrement de place qu’à quelques gestes simples et au souffle rauque de la jouissance.

J’avais vécu avec l’idée qu’on n’aime qu’une fois.

J’essayai de le lui dire, ce soir-là, fasciné par son silence, la fixité de ses yeux, son immobilité tout entière. Une voiture de police en maraude me chassa.


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