Je suis tombé amoureux d’elle dans la vitrine d’une boutique de mode.
De ses cheveux de poupée, de ses yeux peints, de son masque de cire avec deux rondelles rouges sur le haut des joues.
De ses lèvres scellées sur une parole empêchée – son air « interdit » en effet.
Un chemisier très échancré laissait deviner la naissance d’une poitrine trop belle pour être vraie, durcie d’une arrogance impassible et à l’intérieur de laquelle ne battait aucun cœur et le sang ne circulait pas.
Cette première fois, je me suis vu, dans un reflet déformant de la vitrine, agenouillé derrière elle, mes mains possédant ses seins, ma bouche courant sur son cou lisse et frigide.
A l’intérieur, une vendeuse a fini par s’approcher, avec une moue réprobatrice, à laquelle se mêlait un sourire commercial hésitant qui disait Monsieur désire quelque chose ?
Ça ne se voyait pas ?
Je me suis éloigné.
J’ai attendu l’obscurité.
Je suis revenu devant le magasin.
Le rideau de fer projetait un grillage géant sur sa fausse chair, soulignant plus durement que les reflets trompeurs du jour son destin de prisonnière.
Il y avait eu des filles de chair et de sang, mais elles n’avaient pas compté.
Elles s’agitaient, bavardaient, réclamaient, reprochaient, exprimaient des désirs contre lesquels les miens devaient toujours rivaliser.
Je les avais quittées, elles m’avaient quitté, et j’avais renoncé à poursuivre ces expériences déplorables, n’en regrettant que les instants du plaisir qui ne laissent éphémèrement de place qu’à quelques gestes simples et au souffle rauque de la jouissance.
J’avais vécu avec l’idée qu’on n’aime qu’une fois.
J’essayai de le lui dire, ce soir-là, fasciné par son silence, la fixité de ses yeux, son immobilité tout entière. Une voiture de police en maraude me chassa.