Friday, September 29, 2006

madrague - 14

ces gens qui s'accusent de crimes qu'ils n'ont même pas commis,
ça me fait rire

ça tombe bien,
parce que, grâce à cette conne en mal de reconnaissance, pendant quelque temps il n'y aura pas de nouvelle victime
à la PJ, deux ou trois promotions, pour service rapide, eux qui se font toujours engueuler parce qu'ils n'arrêtent pas les coupables avant leurs forfaits

une telle beauté,
un nez aussi parfait,
avec des taches de rousseur,
cette ondulation de danseuse qui touche à peine le sol,
cette odeur... essence de femme qui me transforme en loup-garou en flammes...
il me faudra peut-être des mois pour retrouver sa trace,

mais j'y arriverai,
même si je dois renifler à quatre pattes tous les trottoirs de la ville

je l'aurai
elle
comme les autres

comme je disais,
moi,
je ne drague pas,
je ...

madrague - 13

moi, je ne drague pas, je...

j'aime mes marinades de l'aube, avec les copains,
le fleuve poisseux encore chargé de nuit,
chaque fois qu'on file vers la normandie j'ai l'impression qu'on ne s'arrêtera plus jusqu'à port-au-prince
là-bas, les filles sont brunes, mais il y a du rhum et de la musique et une chaleur qui fait qu'on peut même s'oublier soi-même si on reste assez longtemps

l'après-midi, après la tournée, je dors sans rêver

et le soir...

madrague - 12

elle, en tout cas, avait tout lu sur les meurtres de femmes

elle les a regardés bien en face,
même pas éblouie par leurs lampes,

refusant, avec des gestes de reine et des battements de paupière à la gloria swanson,
les cigarettes et le sandwich jambon-beurre qu'ils lui fourraient sous le nez,

et elle leur a donné tous les détails

ça collait
dehors les journalistes attendaient comme des chiens affamés dans un refuge de la SPA

elle les a adoptés tout de suite
eux aussi,
le courant est passé,
et comme elle s'était montrée coopérative,
les flics lui ont laissé son moment de triomphe,
sa conférence de presse,
sa séance de photos

c'était beau

comme quoi, même à la PJ, on a un coeur

madrague - 11

c'est drôle,
ces gens qui avouent sans qu'on leur demande rien

dans france-soir et ici paris j'ai bien lu tous les articles
avec les photos de cette fille pas très belle
qui en avait marre de ne rencontrer que des abrutis

l'éternel club des laissés-pour-compte

on a beau dire,
chacun sa chance,
tous égaux devant l'amour,
le physique, ça ne compte pas,
place aux handicapés,

les gens sont quand même bien contents quand ils ne sont ni moches, ni invalides, ni...

quand elle s'est pointée au commissariat,
elle tremblait d'impatience,
c'était son jour,
elle allait connaître la gloire,
se venger d'un coup des années d'ombre

madrague - 10

je pense à ma blonde, et à toutes les autres, qui l'ont échappée belle, qu'on trouvera encore moins que les autres - dix? douze? - dans la vague encombrée du fleuve

personne sur les parapets des ponts à cette heure,
les suicidés ont sauté le pas ou sont rentrés chez eux en se promettant que la prochaine fois...

madrague - 9

il répond mal aux policiers,
aucun sens de la réplique,
son histoire n'a aucun intérêt,
il plaide la légitime défense,

"elles me faisaient de l'oeil!"

il n'est pourtant pas beau à regarder

pauvre type
sa gueule étalée dans les journaux

y a eu combien de filles?
quand on aime, on ne compte pas, c'est ça?

madrague - 8

pour supporter,
il y a tous les métiers qu'on a eus avant,
brancardier,
gardien de morgue,
apprenti boucher

et le souvenir brûlant de la blondeur croisée de la veille
la locomotive manquée

il y a aussi,
il faut le bien le dire,
et pour s'en convaincre, il suffit d'écouter nos blagues salaces et immorales,
il y a notre voyeurisme trash

madrague - 7

j'aime mes amis mariniers
ils parlent peu, sont tout à leur ouvrage

on part à l'aube, pour ne pas se faire voir,
une vedette de la police fluviale patrouille à nos côtés,

le premier jour brouille le reflets des réverbères dans l'eau lourde

dans nos filets...
dans nos filets, toutes vos vies,
vos secrets minables,
vos petites horreurs,
vos crimes

même à 35 heures par semaine,
on a le temps d'en voir,
des mochetés

madrague - 6

aujourd'hui, on drague le fleuve
à la recherche des corps de jeunes femmes assassinées par une tueuse en série qui vient de se rendre à la police et leur a tout raconté

j'aime mon métier marin,
hors de l'eau, loin d'elle, je ne tiens pas longtemps, je suffoque, je me dessèche,
j'ai une autonomie de quelques heures seulement

madrague - 5

je me retourne
- je ne drague jamais, mais je me retourne tout le temps,
c'est le tic de ceux qui laissent passer les trains
et qui regardent les portes s'ouvrir, puis se fermer les unes après les autres,
sans réagir

juste à temps pour la voir tourner le coin d'une rue
- un éclair de lumière,
et le soleil s'éclipse
et je m'éteins d'un coup
soudain écrasé par une vieillesse prématurée qui m'oblige à m'appuyer contre un mur pour ne pas tomber

mes os me font mal,
mes muscles se tétanisent,
vieux, avant l'âge, du passage d'une locomotive

madrague - 4

je ne drague pas
elle ne me voit pas
décidément, nous somme faits pour nous rencontrer!...

elle regarde légèrement à côté de moi
m'évitant aussi astucieusement que le regard truqué d'un portrait de maître
éblouie, je n'en doute pas, de ma lumière
je ronronne comme un générateur en pataugeant dans son sillage sans que ça se voie
l'air dégagé
les pieds patinent mais je ne tombe pas dans l'écume de son pas
dans l'affolement j'ai quand même le temps du voyeur
celui de regarder du coin de l'oeil
le profil impeccable de son nez avec ses taches de rousseur
déjà elle est presque de dos
agitant légèrement sa crinière d'un côté, puis de l'autre
sa chaleur comme le souffle d'une explosion soudain plaquée entre mes omoplates
comme si, déjà, nous avions fait l'amour, de dos, sans nous voir et sans nous connaître,
l'amour sans nous toucher

madrague - 3


j'avance masqué

saturé au blond

surexposé

madrague - 2 "il avance masqué"

et pour les masques...
il faudra compter sur l'érosion
on n'aime pas les gestes mélodramatiques,
"demain, j'enlève le masque"
et le haut... et le bas... et je rase gratis...
on connaît la chanson

haut les masques
je ne drague pas
mais je flambe

madrague - 1

je ne drague pas
je n'aime pas qu'on me dise non
cette froideur, soudain, du désintérêt,
malentendu instantané qu'on n'a pas vu venir
à cause du voile d'or que le désir met sur les yeux
à force de renifler avidement le grain serré de la peau de l'autre,
on a oublié que l'autre avait un
cerveau
amour et libre arbitre,
quel couple imbécile,
quel contresens
draguer, c'est accepter d'avance le départ de l'autre qu'on n'a pas encore rencontré
un peu comme le porte à porte...
encaisser les "non!" parce que quelque part il y a un oui hypothétique,
un oui possible,
un appétit de l'autre qu'on croise, narines dilatées, au bon moment

Saturday, September 23, 2006

épilogue 5

si elle réapparaît
faites-moi signe
j'ai deux ou trois questions à lui poser

épilogue 4

mais elle, dans tout ça?
on l'oublie?
elle se fait oublier?
doubler par une image mythologique aux cheveux de paille et aux yeux charbonneux,
une moue célèbre?
alors?
elle?
doublée par sa doublure?
éclipsée?
au fond, qu'est-ce qu'on en sait?
avait-elle choisi de quitter son rat d'eau? son perdant? le sous-homme de sa vie?

épilogue 3

on sait ce qui passe si on a un peu lu (Poe) quand un simple(t) rencontre son double
masques et déguisements ne changent rien à l'affaire

épilogue 2

il avait tout imaginé, tout tenté,
y compris le dédoublement, lui déguisé en elle face à lui déguisé en lui,
et leurs rencontres fatales, truquées, à répétition,
leur destin de mitraillette

après les épilogues

épilogue 1: j'explique

jésus-moi, en carpette de l'amour, en loser d'eau, en voleur de radeau,
avait dû fuir l'accident mortel qu'avait été le départ de la belle

Friday, September 15, 2006

mascara(de) - 3

ainsi pourrait-on clore ce récit à l'envers,
à lire dans le sens qu'on voudra, qu'on pourra,
qui s'achève temporairement par la double mort de farley c matchett
et du narrateur
tué par lui-même déguisé en la seule femme (fatale) qu'il aimerait jamais

avec l'été,
les méduses ont quitté la mer
on se sent seul, sur un radeau, quand la brise fraîchit

Wednesday, September 13, 2006

mascara(de) - 2

son pied droit s'enfonce sur l'accélérateur,
mon regard de noyé a eu le temps de chauffer jusqu'au bord de l'ébullition

le temps de reconnaître son visage comme s'il était le mien,
le temps
de me voir
moi
oim
sans
masque
au ras
de
la
mort..................................................................................................

le capot va bondir
les pneus faire des paillettes sur le sang refroidi
la cabine voler en éclats
la rue du point du jour connaître son plus beau moment de gloire depuis 1910

mascara(de)

ce visage derrière le volant,
dans les ombres cinématographiques, à contre-jour des pleins phares...

je suis entassé sur le sol collant de la cabine téléphonique,
fasciné comme un spectateur idiot

ce geste du bras droit qui fait glisser la perruque et la saisit pour la poser en éclair blond sur le siège du mort
ma place!

la main tendue vers la boîte à gants pour prendre un kleenex trop blanc dans la nuit américaine,
elle écrase le khôl et le rouge à lèvres,
soudain défigurée comme une femme battue, un clown ivre et désespéré

les phares m'aveuglent, ils font des ronds dans l'eau sale des vitres de la cabine
elle?
ici?
encore?

Sunday, September 10, 2006

Riders On the Storm

Friday, September 08, 2006

crawl (4)

Farley, d'une voix rauque pour ne pas pleurer, parce qu'il faut qu'il puisse dire,
"Somewhere along the way, an innocent life is going to be terminated by execution. I seek desperately not to be that life. Texas is sweltering with injustice and executions are so common that they no longer make front page of the Huntsville newspaper."
Froid dans le dos,
le cadran lumineux clignote pour m'avertir que mon crédit s'épuise,
"Farley!... Farley!"

crawl (3)


je n'irai pas très loin comme ça
il faut pourtant...
la cabine téléphonique me semble à l'autre bout du monde et la rue ressemble à ce qu'elle était pendant les inondations de 1910...
il faut...
on est le 9 septembre 2006 et la date d'exécution de farley c'est le 12

une pièce gluante de mon sang dans la fente
j'ai l'air tout droit sorti d'un film d'horreur
avec les traces de sang sur les vitres de la cabine
et ma tête de noyé/déterré

je parle à farley, qui est très calme,
qui me demande même des nouvelles, "Et toi? Et elle?",
il n'a plus peur, trop longtemps que ça dure, mais il ne veut pas mourir, pas comme ça

crawl (3)

crawl (2)

moi, fatigué,
de vivre, de mourir, de vivre, de mourir...
écrasé par le pesanteur,
rampe sur l'asphalte de la rue du point du jour
engluée par mon sang qui coagule,
avec un mouvement de saurien échoué,
vers elle,
vers sa disparition...

crawl

jésus fatigué
rampe sur la joue de la mer
avec un geste balancé de saurien

Wednesday, September 06, 2006

Pantera rosa

le temps, c'est de la mort, sauf à l'envers

non, jamais je ne pourrais lui dire ça, même dans un téléphone, même dans un rêve,
je préfère garder mes habitudes,
oublier,
sortir de la pluie refait à neuf,
ma valise à la main,
le menton haut et rasé de frais,
le nez au vent,
l'oeil vif...
je marche,
à reculons,
temporairement désintox,
pas encore en manque,
amnésique,
beau,
fort,
vide

le temps a des tendances fugitives

comme tous les prisonniers,
comme tous les condamnés à mort...

"tu sais, moi aussi, j'ai essayé de coucher avec lui,
ça l'a fait rire, figure-toi

j'ai gagné et perdu un peu de temps,
il s'en moque
c'est un des privilèges de la mort, quand on aime on ne compte pas

et avec toi?
je veux dire et toi, avec lui, c'est bien?
je veux dire,
tu y trouves ton...?
ces vengeances à répétition, c'est une idée de toi? ou c'est lui qui y tient?"

le temps est élastique

un peu écrabouillé en travers des traces de pneu de la rolls,
je n'ai pas bien vu la conductrice,
je n'ai vu ni la perruque blonde,
ni les lunettes noires,
ni le demi-sourire qui trahit la moue boudeuse du déguisement

double pot d'échappement brillant comme le platine,
"mon pauvre ami, tu devrais arrêter l'essence!"

elle appartient à un passé lointain qui fait des boucles,
des boucles de luxe, de rolls, des caprices de star,
à croire qu'après moi, elle n'a trouvé que le diable, qui est la mort quand elle s'habille pour sortir et faire des mondanités
si je n'avais pas la gorge pleine d'âcre fumée, d'oxyde de carbone,
"plains-toi! du CO2 à ce prix-là!",

je lui crierais peut-être "beau métier que tu fais là! il te paie bien, au moins?"
l'éclat de son oeil charbonneux dans un coin fugitif du rétro
- pourquoi insiste-t-elle toujours pour être aussi belle de la beauté d'une autre? est-ce moi qui l'affuble, avatar après avatar, de ces emprunts? quelle tête avait-elle quand nous étions une histoire? avant le déluge? après? qui conduit cette voiture insensée? boucle après boucle, comme si elle n'en avait jamais assez de me quitter, comme si je ne pouvais échapper à son départ

la valise ouverte gît à quelques mètres, son contenu éparpillé ici et là,
des affaires de louage, des inconnues,
et du bout d'un doigt pâle je suis le ruisseau de mon sang vers le caniveau,
tandis que les roues crissent et l'emportent vers...

time tightens (after it's rained moving images and vintage music)

le temps se resserre

quitter le lutétia à la cloche de bois, c'est facile
surtout la première fois
il suffit de savoir s'y prendre,
de laisser un pourboire aux formes généreuses
aux cheveux blonds venus de l'est
dans un placard

j'ai dit (à la mort, séducteur capricieux)
- je couche; on dit que, quelquefois, quand vous voulez bien
juste après l'extase,
la mort a ri avant de se dissoudre en nuage noir

j'ai traversé le lobby en prince décoiffé,
ma blondeur venait des mers du sud (délavée) et de la death valley (alcaline),
et, encore une autre fois,
dans le soupir feutré de la porte à tambour,
j'ai tout oublié

peu alourdi par ma valise d'emprunt,
je traversais la rue du point du jour, quand...

Monday, September 04, 2006

The Nazz - Open My Eyes
Jethro Tull - Living In The Past
Madonna

Sunday, September 03, 2006

.duran duran

"please tell me, now", she said

lutétia 666 (2)

un filet de bacardi mojito coule lentement du coin de sa lèvre enflée et balafre sa joue
tandis que déjà ses yeux vacillent

lutétia 666


toutes mes mortes se ressemblent -perruque paille, beaucoup de khôl, moue au rouge à lèvres- pour que rien
jamais ne me rappelle...
... elle...

cauchu, site de real gossip / lutétia 666

les lions d'albuqerque sont célèbres pour leur flegme,
leur kool intégral
ils tournent lentement sur les crèmes du plafond de la 666
et la fille sous moi qui va mourir
rugit
chaque fois que je tue c'est comme une renaissance de pluie
je repousse
propre
nouveau
une fois, c'est elle - n'importe laquelle - qui a voulu me tuer,
mais la lame a glissé sur une plaque de sueur
et elle a préféré jouir, et mourir

Friday, September 01, 2006

lutétia (4) - chambre 666

cette fille sur le sofa de luxe, trop rouge contre sa peau trop blanche,
cette fille qui ne sait rien de moi ni de toute cette histoire,
cette fille de l'est, cette kirghize qui sent encore la soie poussiéreuse des tapis,
cette fille, à qui j'ai tout pris et tout donné en une seule fois,
presque tout, car cette fille n'est pas encore une algue décolorée glissant au fil de la Seine...
soudain...

... La sua leggendaria bocca mormora: oh! no baby, please don't go.

(Copyright Nora Falchero)
http://cauchu.blogspot.com/

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