Wednesday, August 30, 2006

lutétia (3)

ev'uoy dellik em!

je les tue toutes
toutes
pour elle
avant, et après elle

lutétia (2)

chambre avec vue

j'ai commencé à écrire cette histoire dans la chambre 666 du Lutétia, qui est un fruit concret de mon imagination, à commencer par le moëlleux des coussins et la vue sur les arbres;
c'est là que j'ai cru pour la première fois, en regardant cette fille inconnue alanguie sur le sofa et qui parlait l'anglais à l'envers, qu'en me forçant un peu, j'avais peut-être des souvenirs;
tout est vrai, jusqu'à la traversée alcaline du désert.

Tuesday, August 29, 2006

loco weed (3)


c'est comme ça qu'on s'égare,
sans doute une erreur d'aiguillage,
l'effet-retard de la méthédrine
ou celui plus immédiat de l'abus d'astragale,
résultat,
perdu sur un radeau
au milieu de la mer alcaline de la vallée de la mort

loco weed (2)

loco-weed (climate change)

elle a dû dériver depuis la vallée de la mort par quelque caprice du déréglement climatique;
détrempée qu'elle était par son bain prolongé,
je ne l'ai pas reconnue tout de suite,
son vert tendre, et délavé,
de vraies feuilles comme je n'en vois plus depuis des lustres,
j'ai tendu le bras,
écartant les méduses avec un bâton
- j'aurais dû mieux regarder les méduses, je n'ai rien vu que ces paquets d'herbe tendre qui m'appelaient comme des sirènes-
j'en ai cueilli des brassées,
que j'ai tordues comme des draps,
j'ai mordu dans ces chevelures brillantes
avec la gourmandise aveugle du décharné.

j'aurais dû voir la danse soudain incohérente des méduses,
avant que les premiers éblouissements ne m'en empêchent

Sunday, August 27, 2006

elle(s)??? (4) - methedream

elle a
elles ont
une queue
des queues
de
poissonne(s)

elle
elles
se

elle
elles
me

je la
je les
je me...

elle(s)??? (3) - méthédrine d'infortune

réserve inépuisable entre deux rondins du radeau
pour se faire croire qu'entre les volutes
elle
elles?
danse
dansent?
qu'elle
qu'elles?
est
sont?
encore

sans
y
être

elle(s)??? (2)


et le diable continuait à fumer des...

Friday, August 25, 2006

elle(s)???


"mon pauvre ami, tu vois double, tu devrais arrêter l'essence..."

l'eau de sel donne des visions paranoïaques;
moi qui ne la regardais jamais, depuis qu'elle était partie je ne voyais plus qu'elle,
je la voyais partout,
et même un peu plus...

Thursday, August 24, 2006

elle? (6)

le cul posé sur un radeau, moi qui ai passé toute ma vie à tomber de la dernière pluie, je m'acharne à chercher à me souvenir de toutes ces choses trop longtemps, trop systématiquement oubliées

elle? (5)

"vous maudissez la vie conjugale, cette vie de justifications perpétuelles"

Marcela Iacub, "Une journée dans la vie de lionel jospin", Fayard, 2006

le crime de farley c. matchett (4)

j'ai demandé à farley s'il y avait eu une femme
- oui, oui, bien sûr, il y a eu tout ça... au début, elle venait me voir, et puis, un jour, elle a oublié... quand elle est revenue, elle n'était plus la même... elle n'a plus jamais été la même... elle avait changé de vie... nous avons cessé de nous voir... et moi, j'ai tout réalisé d'un coup, je ne l'ai jamais autant aimée que pendant ces premiers mois de sa disparition... c'était juste avant que je ne m'installe dans cette attente insupportable de la mort, quand cette idée a commencé à prendre toute la place laissée libre par le fait que je n'avais plus d'autre existence possible que mon cul posé sur une chaise dans ce couloir, et le combat qu'il fallait mener pour ne pas devenir fou.

elle? (4)

autant qu'elle soit partie,
puisque l'amour était impossible

au moins l'amour se vivrait-il totalement
en l'absence de l'autre

Wednesday, August 23, 2006

elle? (3)

j'ai apporté les corps en sacrifice sur une plage, je me suis jeté à genoux dans le sable,
j'ai dit "si tu ne viens pas avec moi dans l'enfer de la jungle, je me tue aussi",
et elle est venue,

sans armes,

et je suis devenu fou

d'elle

et notre amour était notre ennemi commun...

le crime de farley c. matchett (3)

avec tous ces cris,
on n'a pas entendu le clic de l'aiguillage.

le crime de farley c. matchett (2)

nous, à cause de la chaleur humide, de la drogue des climatiseurs, du temps à marée basse de l'afrique, on faisait l'amour sur les tables et contre les murs avec des hurlements impunis, sans penser à nous reproduire...

le crime de farley c. matchett

"- tu vas me rendre le fric?
- non, et en plus, je vais te casser la gueule

le couteau dont il me menaçait s'est retrouvé planté au coeur de sa poitrine"

il ne faut que quelques minutes,
pour tous les crimes,
pour toutes les catastrophes,
quelques minutes où tout à coup on n'a plus le choix,
une terrible confusion d'aiguillage,
un dérapage infime,
une légère erreur de calcul

elle? (2)

sans même la connaître, j'étais prêt à tuer pour elle,
à détruire, tous les autres,
je veux dire toutes les autres filles,
elles n'existeraient jamais plus

et quand je l'ai approchée,
j'ai effectivement commencé à tuer,
pour elle,
à détruire,

légitime défense
le prix astronomique à payer pour...

elle?

elle me toisait,
on peut pas vraiment appeler ça regarder,
moi épaule appuyée contre un arrêt du car comme on dit sous ces latitudes australes
lisant le quotidien parisien qui croit détenir la vérité internationale,
- tu le trouves comment?
- tu veux vraiment que je te le dise?
elle ne me trouvait pas

et moi,
qu'est-ce qui m'a pris?
qu'est-ce que j'ai vu?

climate change

le temps change
alors forcément l'espace aussi

les marées du temps...

on cherche toujours un commencement...
... une fin...

... j'ai fini sur un radeau etc.
... tout à commencé...

climate change - extinct wolves?

j'ai rencontré farley matchett dans sa cellule il y a quelques années, façon Truman Capote, et à cause de jean-marc weber ("ce que vivent les loups")
l'histoire de farley est un peu la mienne
tout ce que j'ai fait était de la légitime défense,
je ne voulais de mal à personne,
la peur de vivre m'aveuglait...

mon couloir de la mort est un peu différent,
liquide,
truffé de méduses,
inondé de soleil,
mais je n'ai plus peur de mourir...

je crains que le sien soit plus morne,
moins aéré,
sombre,
et froid...

ce que meurent les loups,
ces drôles de bêtes efflanquées qui ont du mal à se nourrir
et tuent parfois des nourrissons
qui leur valent d'être cloués aux portes des villages...

climate change


"Dear Mr Governor, by according your pardon, your mercy to Farley Matchett to live, you would make me a wonderful favour (sic) and I will always be thankful to you."

climate change

... et si farley matchett est exécuté le mois prochain,
il faut s'attendre à des cataclysmes à Bali et en Ouzbékistan...

climate change

tout ça à cause du climat,
de la fonte de la banquise,
de la montée des eaux...

Tuesday, August 22, 2006

pinocchio et le mensonge (une version des faits, un début possible, dans le passé ou le futur)

Pinocchio et le mensonge



"Elle était soudain comme un fantôme que je n’aurais jamais pris le temps d’habiter.
Elle avait un visage. Un corps.
Elle avait même un nom, et ce qu’on appelait encore à l’époque une histoire.
Je crois même que pour elle, les choses étaient assez simples, et qu’elle ne les questionnait pas.

J’étais à elle.
Je lui appartenais.
Je n’étais ni tout à fait moi, ni tout à fait à moi.
Alors, moi qui ne savais pas ce que j’étais…
Moi qui ne savais pas qui j’étais…
Moi qui étais parti un jour de quelque part, de quelqu’un… Forcément… Il y avait bien eu un commencement… Mais j’avais, je m’étais oublié…
Moi qui flottais entre des morceaux de bois à la dérive qui parfois me heurtaient et semblaient dire, « Il y a quelque chose », et, si on poussait un peu, « Il y a quelqu’un »…

… Je me réveillai vaguement dans ce fragment de conscience isolé (sans attache): j’étais… à elle.
Pas moi, mais un « à elle ».
Alors qu’est-ce que c’était que cette existence-là ? Qui ne me définissait, ne me rassurait (ne m’assurait d’une existence propre) pas plus que le reste.
Pas plus que les morceaux de bois flotté qui décoraient la mer anonyme et complice.
M’étais-je, sans m’en apercevoir, échoué sur un ruban de sable qui se trouvait lui appartenir ?
M’avait-elle ramassé sur sa plage ?
Tenu entre les doigts ? Retourné, observé, reconnu ?…
Pouvait-on ainsi reconnaître quelque chose qu’on n’avait jamais vu avant ?
Ressemblais-je à quelqu’un qu’elle avait su, puis perdu ?
Et si on trouvait quelqu’un sur une plage dont on détenait l’acte de propriété, automatiquement l’objet trouvé devenait…
… L’objet qu’elle avait perdu et n’avait jamais eu la force de réclamer autrement qu’au destin, qui n’est que le messager du hasard…
L’objet retrouvé devenait automatiquement un bien sur lequel l’auteur de la trouvaille pouvait revendiquer des droits.
Ainsi devait-il en aller des lois humaines, d’un monde où on ne parlait plus que de cela, des droits qu’on avait.
Et sous ses doigts, après qu’elle m’eut laissé à sécher devant le feu d’une cheminée - j’avais craqué, senti mes fissures s’ouvrir, libérant les cadavres des bêtes minuscules qui avaient accompagné ma croisière – je m’étais animé (elle me racontait ensuite inlassablement cette histoire de Pinocchio comme une histoire vraie, l’histoire de tous les hommes amoureux ; mais dans cette fable vraie, il y avait le mensonge, et sans mémoire, sans passé, comment réussir à mentir ? Moi qui ne connaissais que des bribes d’histoires d’eau, et de sommeil, et d’oubli ? Moi qui n’étais pas moi, avant qu’elle ne me…).
Chaud encore du feu, je m’étais animé en pantin récalcitrant qui ne comprenait ni ce qu’il faisait là, ni ce qu’on attendait de lui. « Quelqu’un me demande ? ».
J’appris ainsi à parler, en pantin perroquet.
À faire écho à des ordres qui disaient qu’ils étaient des désirs contrariés, mais simples, naturels, normaux.
Légitimes.
Légaux.
Un jour, elle dit, « Qu’est-ce que tu veux ? ».
Mais je ne voulais rien.
Comment aurais-je pu ?
Un autre jour, elle dit, « Tu ne me vois pas ».
Et au début, je ne voyais rien, tout occupé de ces morceaux de moi qui remuaient, de ces paroles qui se bousculaient et s’acheminaient hors de ma bouche de bois.

Les yeux sont venus plus tard.
Un visage, un corps, une voix qui se répétaient, qui recommençaient.
Alors, je m’habituais.

Il manquait… Quelque chose qu’elle appelait le cœur et qui battait dans ma poitrine mais dont je ne voyais pas l’usage.
Un cœur de bois, qui cognait contre le bois du reste, à l’intérieur.

J’ai répété une phrase qu’elle m’avait dit avoir entendue dans un film.
Je l’ai répétée consciencieusement, pour voir ce que ça faisait, « Tu ne vois pas mon cœur sur mon visage ? »

Elle me redisait son histoire et je lui racontais la mienne, brodant, inventant au fur et à mesure des souvenirs que je n’avais pas, puisant dans le stock immense de mots qu’elle déversait sur moi, assemblant ces mots en ordre dispersé pour que mon histoire ne soit pas la sienne, mais ne sachant dire qu’elle n’était pas la mienne non plus.
C’était ça, le mensonge ?
Je ressentais une profonde tristesse, mais qui ne me donnait pas la force de…

Elle devint ce que, choisissant un mot au hasard, je décidai d’appeler un fantôme, le jour où elle entreprit de me parler de la mort.
Les choses finissaient.
Elles avaient un terme.
On n’était pas là, qui qu’on fût, éternellement.
Il fallait partir, tout quitter, renoncer à…
N’ayant rien appris sur mon début, comment pouvais-je envisager ma fin ?
Et si tout devait finir sans avoir commencé, à quoi bon s’installer dans son visage ? Dans sa voix ? Dans la présence fiévreuse de son corps ?
Pourquoi la hanter ?

De guerre lasse, elle a fini par me poser sur une étagère, que je n’ai plus quittée.
Elle a fini par finir, comme elle l’avait prédit, après avoir posé une dernière fois sa main sur mes flancs.
Elle s’est allongée devant l’âtre clignotant, et n’a plus bougé.
Des ombres sont venues, qui l’ont emportée.

Ensuite, il y avait des enfants, qui couraient, grandissaient, jouaient avec moi.
M’interrogeaient sans cesse.
Mais ceux-là parlaient une langue que je ne comprenais pas."

bois flotté (2)

peut-être un début du futur,
si ça dure trop longtemps, la mer me polira (enfin civilisé!),
me rejettera sur une plage où elle me trouvera et me ramassera sans me reconnaître,
mais décrétant que je lui appartiens puisqu'elle m'a trouvé chez elle,
m'apprenant tout...

bois flotté (1)

tous ces flottements, dedans, dehors, et les frontières qui se brouillent entre les deux (ma myopie aide bien, il y a un bail que je ne trouve plus mes lunettes, celles de la valise sont des fausses, ah oui, j'oubliais la valise, quand je m'ennuie vraiment trop, je l'ouvre, et j'y fais des découvertes, c'est une valise surprise, de location, ou peut-être volée dans une consigne, je ne sais plus, rien de ce qu'elle contient ne m'a jamais appartenu, ne m'a jamais vu) ... ça me rappelle aussi un de mes débuts avec elle...

alain bombard

la cage flotte plutôt bien, comme quoi le plomb...
le plancton, c'est le caviar de la mer,
je ne suis le premier à bouffer du poisson cru,
la peau, ça brûle, ça pèle, mais ça se renouvelle,
l'addition est un peu salée mais l'eau, c'est la vie
je n'ai jamais été aussi mince, de quoi je me plains?

abortion (14)

voilà donc ce que la mer lève jusqu'au coeur dans ses filets de filaments gluants,
avortements vrais ou faux, drames de bazar ou de mélo, malentendus, aiguillages du destin, des pardons qu'on garde pour décider de les donner ou non au dernier jour, des crimes qu'on a peut-être commis et qu'on expie sans le vouloir au quotidien, des récriminations, des accalmies, de vraies tendresses, une complicité, bientôt, de vieux compagnons de route... mais au fond, cet instant d'une vie où il n'y a qu'un homme et qu'une femme possibles, suçant mon avant-dernier biscuit, je n'en démords pas...

abortion (13)

quand il fait trop chaud à l'ombre dansante de la voile, j'écarte les paquets de méduses avec un bâton pour puiser un peu d'eau, m'en asperger le front (me baptiser, renaître, oublier pour de bon, être un autre, commencer, là, maintenant, avec des bribes de souvenirs qui ne m'appartiendraient plus, que le hasard des courants auraient accidentellement accrochés à mon radeau de fortune et non d'infortune...), la boire, et le sel s'installe un peu plus dans les crevasses de mes lèvres qui n'embrassent plus personne, jamais... que le gras de mon épaule quand la faim est plus lourde... mon ventre est creux, sans que les doigts d'un chirurgien s'en soient mêlés, et soudain je me souviens de son dégoût de ce sale type...

abortion (12)

j'ai oublié comment c'est arrivé, ce qu'elle m'a dit avant, pendant, après... comme dans "Qui a peur...?", nous n'en parlions jamais

abortion (11)

pendant qu'elle croyait devenir folle,
perdue dans les draps au centre géographique de l'Afrique,
avec ce crime planté au milieu du ventre,
je ne pensais qu'à oublier, vite,
faire disparaître le cadavre,
surtout ne jamais le voir,
n'en avoir pour toujours qu'une idée abstraite,
et amnésier la victime en lui répétant
comme dans la salle capitonnée d'un asile psychiatrique
les mots incantatoires de la lobotomie,
"c'est un accident, tu étais là aussi, consentante, non, on ne peut pas le garder, tu es sûre que tu es d'accord?, que tu supporteras?, que tu ne m'en voudras pas toute ta vie?..."
elle n'a pas supporté
elle m'en a oulu toute sa vie
et moi, je n'ai jamais rien vu, rien compris, rien voulu savoir de sa déchirure

abortion (10)

j'allais la voir à la clinique,
mais je ne voyais rien,
et elle ne m'a jamais pardonné

abortion (9)

ce moment d'une vie où il n'y a qu'une seule femme et qu'un seul homme possibles
et qui va décider, comme un aiguillage, de tous les drames

abortion (8)

un train infernal qu'en vache abrutie par la mastication j'ai vu filer en oblique du coin de mon grand oeil

tout à coup, comme les bains de mer, l'amour devenait impossible,
sauf à enfiler une combinaison,
autrement dit, sauf à renoncer à l'amour

je n'ai pas eu le Sida
le Sida ne m'a pas eu

non, moi, j'ai eu...

abortion (7)

dans un texte qu'il avait écrit pour ses obsèques, il dit,
"en passant la mort, c'est vers l'amour que je marche"

abortion (6)

Claude Seassau
Je ne peux pas ouvrir "Emile Zola, le réalisme symbolique" et lire sa dédicace sans que mon coeur se serre de cette mort si bête comme presque toutes les morts qui viennent à contretemps nourrir notre illusion qu'il y a des morts justes et d'autres qui sont injustes

abortion (5)

c'était avant le Sida

un enfer que je n'ai connu qu'en passant,
où j'ai perdu quelques rencontres - comment s'appelait-il?

abortion (4)

... elles attendent,
guettant la moindre faiblesse,
si je m'endormais... si je glissais... un bras pendant, les doigts frôlent le flot...

abortion (3)

avec leur air de pas y toucher,
genre "on n'a pas de cerveau, ça se voit, non? de quoi t'as peur?"...

depuis des jours et des nuits j'ai regardé mon ventre se creuser,
le sien,
dans la chaleur humide,
au bord de ce qui restait de la grande forêt,
enflait trop vite,
comme par magie

abortion (2)

les bains me sont interdits
depuis que les bancs de méduses ont envahi le paysage

elle, terrée dans la chambre bleutée de la clinique noyée dans la végétation équatoriale

abortion (1)

-Assassin! Tu es un assassin!

comment avais-je pu oublier?...
si seulement...
si seulement j'arrivais à me souvenir...
pourtant je n'ai pas grand-chose d'autre à faire,
affalé sur mon radeau,
sous l'ombre de la voile grise,
à part regarder la mer - morne plaine -
ou rogner les bords d'un biscuit avarié...

Sunday, August 20, 2006

gramercy park hotel (6)

nous avons divorcé gentiment,
sur un banc du square privé

gramercy park hotel (5)

gramercy park hotel (4)

avec cette inconnue reconnue
nous avons peut-être échangé trois mots, quatre
nous avons commencé à faire l'amour dans l'ascenseur, puis dans le corridor de mon étage,
avec une impatience de loups

elle sentait la captivité

elle mordait dans le gras de mes épaules en salivant abondamment, comme si elle allait me manger pour de bon

je serrais cet endroit magnifique un peu au-dessus de la taille, presqu'à briser les côtes flottantes

en face une fête battait son plein,
dans le corridor on allait et venait,
en bas, dans le lobby, un téléphone mural sonnait dans le vide...

j'ai crié "castorama!" avec une jubilation de fou mystique

"what's 'castorama'?", m'a demandé la belle décoiffée le lendemain matin, tandis que penchés comme des corneilles nous tendions le cou vers les orbes dégoulinants de soleil du chrysler, et c'était notre noce

gramercy park hotel (3)

je ne l'avais même pas rappelée pour lui annoncer la nouvelle,
ça ne valait pas la perte d'un catalogue antédiluvien
de toute façon elle ne comprenait pas ce que je faisais là, ou plutôt "pas là"

moi j'étais triste toutes les nuits parce que soudain j'étais loin d'elle
mais le jour...

le jour je baignais dans l'électricité new yorkaise
et parce que monsieur fante avait aimé trois lignes...

... accoudée au comptoir il y avait une fille comme moi,
qui avait dévissé un barreau et s'était échappée sans se faire croire que la cage avait disparu dans les airs,
qui avait appris à voler avec une plaque de plomb collée aux semelles, ce qui est mieux que la magie

gramercy park hotel (2)

j'étais là parce que quelqu'un m'avait présenté John Fante

"Have what you want, don't look at the prices!"
j'étais arrivé en tenant bêtement à la main un exemplaire de la route de los angeles à cause de cet avion dans lequel j'étais et qui n'avait pas explosé
"You didn't have to do this"
nettoyé jusqu'à l'os,
on voyait vite que ce type n'avait plus de temps à perdre
j'avais bafouillé en m'asseyant et dit "Any word will do, the first that comes to your mind, I wasn't after the usual autograph thing, but I really love this book"

on s'était serré la main et je lui avais montré des bribes de "jellyfish"
il m'avait regardé droit dans les yeux, avait ouvert l'exemplaire de "los angeles", sorti un stylo, écrit rapidement, un seul mot.

en rentrant, et parce que lui ne buvait plus à cause du diabète, j'étais entré dans mon wine store préféré (depuis trois jours) de E23rd

assis dans le salon de ma suite, j'avais pris une cuite éclair, puis ouvert le bouquin, et lu, sans y croire, "Deal!"

gramercy park hotel (1)

tout ce qui l'intéressait, c'était de savoir si j'avais jeté un catalogue castorama d'avant la guerre (d'Irak)
elle m'avait appelé à New York pour ça
ma main tremblait en raccrochant le téléphone mural du lobby
je ne le savais pas encore, j'étais là pour l'édition américaine de "lost body and soul in the jellyfish sea"

Saturday, August 19, 2006

shades... (9)

pour me venger
je lui ai fait pleurer
ces larmes de sel
qu'elle m'avait volées

shades... (8)

elle s'est éveillée
au moment où j'allais pleurer

et c'était comme si
je ne m'appartenais
jamais
jamais
jamais

shades... (7) - the seventh wave

mes larmes,
soudain,
mon coeur,
soudain,
serré,
comme d'une étreinte à moi-même,

mes larmes
valent bien
les vôtres

putain... elles doivent bien valoir
quelque chose?

shades... (6)

je vaux bien
l'agonie
d'une méduse ratée
dans un bocal,
non?

shades... (5) - in cold blood

après le passage des perséïdes,
la baguette, sans force, retrouve la léthargie de son sang froid

elle serpente vers le pied nu de cendrillon
et s'enroule mollement autour de la tendre cheville

l'amour après l'amour
l'amour sans l'amour
quand la mer, vexée, se retire dans un reste de nuit

shades... (4)

mais non,
j'étais cruel,
et les avortements ne me faisaient pas peur

j'ai marché sur la mer
pour les écraser
de la plante de mes pieds thaumaturges

les brûlures me plaisaient,
comme le vent, elles me faisaient vivre

cendrillon dormait
et n'a vu que la rumeur brouillée d'un cauchemar indécent

shades... (3)

cette nuit-là
la cage avait glissé jusqu'à la plage noire,
la plage avait glissé jusqu'au bord métallique de la cage,
et les méduses étaient prises d'une folie de reproduction;

il faut avoir entendu,
une fois dans sa vie de forçat romantique,
le bruit étrange,
plastique,
de l'amour chez les méduses.

vous m'en garderez un?

shades... (2)

mon barreau à la main (sick)
je me suis offert une nuit de danse
sous la lune

barreau,
baguette magique,
à la fin il y avait des comètes
et moi, au tapis,
presque mort de plaisir

elle a enfoncé la pointe de son escarpin dans le gras de mes côtes;
elle aussi était allée danser,
ailleurs,
sans moi,
et la trace pailletée des comètes
tremblait dans ses cheveux

Thursday, August 17, 2006

lui

"Mon histoire commence un peu comme la vôtre, mais à l’envers.
Un jour… Je me suis trompé de porte
des siècles que ça dure
on n'a droit qu'à une chance
un ticket
pas deux
ouais, je sais, je suis pas le seul et alors?

le film est nul la salle pourrie les gens...les gens puent leur sale petite vie de merde et moi comme eux au cinquième rang dans le fauteuil défoncé je me bourre de pop-corn encore et encore entracte séance entracte séance entracte séance
si j'étais pas si tarte j'ouvrirais la porte du four et...thermostat 7 combien il faut? vingt minutes? trente ans?...
les gens aiment pas quand je m'énerve ils disent que ça me va pas comme les chapeaux ça me va pas, les chapeaux, j'ai pas la tête à ça
j'ai la tête à rien, d'ailleurs y a des gens, comme ça, à qui rien ne va les chapeaux, l'argent, les femmes...ça va un moment,on entre, on veut bien essayer parce que pour une fois on est de bonne humeur,alors on se pavane, on se trémousse devant les glaces ou les yeux d'une belle on a du papier dans les poches alors on frime...
mais au bout de cinq minutes on en a déjà marre on a bien vu la sale gueule qu'on avait dans le miroir le sourire en coin de la dame qui louche sur les fouilles pleines et pas là où il faudrait...en cinq minutes on a fait le tour de la question: loser un jour loser toujours de toute façon...
le chapeau était bosselé la nana trop fardée les billets faux
non... ce qu'il faudrait... évidemment, c'est plus cher... mais attention! effet garanti! ce qu'il faudrait c'est changer de tête se refaire une beauté un nom une vertu, comme on dit disparaître et revenir méconnaissable transformé un autre homme sourire jusqu'aux oreilles la gueule du mec qui a réussi, quoi
seulement pour ça...il faudrait d'abord se débarrasser de l'autre et ça c'est une autre affaire pas facile de jeter sa tête à bon compte on se paie celle des autres mais la sienne...même en solde...même en reprise...au poids à la découpe en papillotes...
on trouvera bien mais après? une fois l'ancienne gueule oubliée, on fait quoi?on va où?on choisit comment?hein?
une tête toute neuve?d'occase?la tête d'un autre?une tête sur commande?sur plans?un modèle exclusif? unique?de marque?de créateur?...
et puis, sans tête, les gens vous voient venir de loin,"vous vous payez ma tête, ou quoi? vous êtes qui, d'abord? vous en faites, une tête! alors, on a perdu la boule? des ennuis? pourriez au moins sourire... regarder les gens en face... écouter quand on vous parle... ah non, vous pouvez pas... c'est même pour ça que vous êtes là..."
le mec prend les mesures fait un moulage vous montre des photos non...j'ai pas eu le courage j'ai préféré tourner les talons à tout ça m'énerver contre tout le monde continuer à faire la gueule
... ça a pas trop plu quand je me suis pointé à la maison,"encore? toujours les mêmes"les mêmes, c'était moi, et ma vieille tête,mes poches vides, des poches de raté,et ma haine du monde débitée au kilomètre,la haine du perdant,c'était pas beau à voir,"c'est à cette heure-ci que tu rentres?"j'ai presque regretté l'antichambre crasseuse du chirurgien clandestin, le changeur de têtes qui accepte les dents en or et les organes en bon état de marche pour paiement
de toute façon, à la maison, y avait personne j'arrivais pas à m'y faire,ses placards vides, ces voiles de deuil anti-poussière tendus partout sur les meubles et les miroirs...
si j'avais eu un bidon d'essence et du courage, j'aurais foutu le feu à tout ce vide,mais je n'avais ni l'un ni l'autre,juste envie de vomir et de taper ma sale vieille même tête contre les murs
ce que j'ai fait, d'ailleurs, toute la nuit
c'est l'effet que ça me fait, quand je vais me coucher après une orgie tout seul - un mur hargneux qui se cogne à répétition contre mon crâne
et le matin, pour changer, je suis pas beau à voir mais ça, on s'en tape, parce qu'il n'y a personne pour me voir
et quand je serai célèbre, ce sera pas mieux, faut pas croire,je haïrai les gens qui me reconnaîtront dans la rue,non mais, et puis quoi encore,et je haïrai tous ceux qui ne me reconnaîtront pas
faut bien en finir sortir de l'ombre des impasses exploser en pleine lumière leur en mettre plein la...
caché dans mon trou à rat de l'aube à la tombée du jour je les regarde boiter et clopiner se pavaner dans leur médiocrité afficher leur laideur promener partout leur puanteur de morts qui marchent avec leurs semelles qui ramassent la graisse infecte des trottoirs ou vrombir dans leurs cercueils à roulettes...
je leur crache à la...je crache contre la vitre
depuis que l'autre n'est plus là je n'ouvre pas les fenêtres on ne sait jamais dans un courant d'airun souvenir pourrait revenir je ne pourrais pas le supporter...
tout le monde s'en fout personne ne sonne à ma porte ne la défonce à coups de hache pour voir si j'y suis si je ne suis pas mort la tête trop cuite dans le four (thermostat 2400)
ou les guiboles qui pendent à 60cm du carrelage des chiottes, avec entre deux dalles disjointes un début avorté de mandragore un re-début de moi raté,difforme, moche,rabougri d'avance...
et quand j'ai le malheur de sortir personne pour me sauter dessus pour m'embrasser la nuque ou me mordre et commencer à me manger
personne...ils regardent ailleurs voient au travers détournent les yeux trop occupés de leur propre m...
ils me font peur je me sens comme ces soldats affolés qui tout à coup se mettent à tirer sur tout ce qui bouge,juste pour que la trouille qui leur brûle les entrailles s'arrête
j'aurais tellement voulu me la faire casser ma sale gueule une seule foismais j'ai pas eu cette chance
une bonne dérouillée,une vraie,un poing qui s'écrase contre un maxillaire ou une pommette...
une arcade sourcilière déchirée qui pisse le sang,un oeil au beurre noir,le nez cassé,la lèvre fendue,des dents qui volent...
la tranche d'une main qui s'abat sur la carotide, coupant l'air,et des gifles à n'en plus finir...
... pour me sentir (un peu) vivre, et respirer,il fallait le vent des grands jours,des tornades de nuages et de pluie,le bord d'une falaise loin au-dessus des lames brisées de mer...
alors, contre ma volonté, j'existais, je prenais corps,et si je m'approchais trop près du bord de la falaise ou de la fenêtre,il y avait toujours une bonne âme,un ange noir,pour me retenir,et me chuchoter à l'oreille,"trop facile, mon vieux... tu ne t'en tireras pas comme ça..."
j'ai brûlé les meubles et les papiers,démonté la maison pour qu'il ne reste plus entre moi et le monde que cette porte absurde qui étouffe tous les sons et tous les visages et des courants d'air
tout le jour je m'asseyais ou me couchais sur le tas de cendres froides
et la nuit je dansais sous les étoiles bousculées par les rafales du vent de lune ou les flocons de neige phosphorescente...

quelqu'un de chez emmaüs est venu chercher mes derniers souvenirs,ceux qui avaient mal brûlé ou que je n'avais pas réussi à enterrer tellement ils s'agitaient ;j'ai vaguement eu pitié du malheureux qui en hériterait dans une boule de vêtements.
j'ai fini par partir,par claquer cette porte du vide sur le vide...

j'ai erré,acheté une valise garnie quelque part,loué un meublé...s'installer... renifler un antre où on n'est jamais venu... ranger des affaires inconnues...pendant une heure, deux peut-être,ça a failli marcher...j'ai presquepresqueoublié."

Wednesday, August 16, 2006

Perdu corps et âme sur la Mer des Méduses






"la mer m'est hostile"
patrice maniglier, août 2006

the cage (6)

plus rien... la cage, posée de travers dans les herbes qui poussent tout autour et finissent par l'envahir...

... elle est prostrée pendant des jours comme si elle allait se laisser mourir de faim et de froid, je fais des feux d'herbe humide qui nous asphyxient et des grillades d'insectes et de petits rongeurs suicidaires... quand elle est là, grelottant et muette, je dors comme un loir...

... d'autres fois je m'éveille pour trouver la cage vide: le jour, ça va, je range, je m'occupe, mais la nuit... je ne dors pas, j'ai peur, et je recommence à l'aimer...

... à chacun de ses retours, je frime: "alors, tu vois bien qu'il n'y a pas mieux ailleurs", mais elle me crache à la figure et se prostre à nouveau.

c'est à force de me demander comment elle faisait pour quitter la cage à sa guise que j'ai eu l'idée de commencer à dévisser un barreau.

the cage (5)

ils étaient beaux, on les a aimés tout de suite, chacun à sa manière,
et puis, ils détournaient l'attention, c'est-à-dire les coups, on avait encore moins besoin d'éviter de se regarder en face, et frapper en oblique devenait une loi commune

pour les scènes de chantage, c'était pratique aussi

comme s'il avaient été à nous,
nos choses,
notre propriété,
une tranche de gâteau supplémentaire....

ils n'étaient à personne d'autre qu'eux-mêmes,
et dès qu'ils ont pu, ils ont changé de cage

après, elle n'était plus la même,
plus rien ne l'intéressait,
les disputes se sont dégonflées,
plus question de faire l'amour pour réconcilier les volcans,

elle regardait la cage d'en-face sans oser rien dire à cause des coups de fouet,
elle voyait les petits qui ne l'étaient plus et avaient bien appris à regarder ailleurs
c'est d'ailleurs leur numéro qui a sauvé le cirque,
mais ça, nous on ne l'a pas vu,
parce qu'un soir ils ont (accidentellement, c'est que tous les journaux du coin ont dit) perdu notre cage dans un fossé.

the cage (4)

bref, je me donnais le beau rôle, et je lui laissais les miettes,
de toute façon, du gâteau, y en avait pas assez pour deux

on l'a bien vu quand les petits sont nés,
dans la sciure de la cage, toute neuve pour l'occasion

je lui ai tenu la main tout le temps des douleurs et je n'ai pas tourné de l'oeil,
mais ça n'a pas suffi à arranger mes affaires,

avec elle, rien ne suffisait

the cage (3)

à l'arrivée - dans une nouvelle petite ville grise où il ne se passait jamais rien que les arrivées et les départs de cirques miteux - on balayait la cage, on se remettait des fatigues du voyage, puis on reprenait l'entraînement et, le soir, on faisait notre numéro.
jamais beaucoup de monde.
la paie en conséquence.
chaque fois les perspectives d'avenir s'amenuisaient un peu plus.
je rêvais en regardant le plafond de la cage
elle disait à qui voulait l'entendre, parce que je n'étais pas son meilleur public, que tout ça venait du mépris que j'avais pour le reste de l'univers, avant de dérouler la litanie habituelle du minable raté

the cage (2)

lorsque le cirque changeait de ville, on accrochait la cage à un camion-remorque qui faisait tourner son vieux moteur diesel tandis que ses phrares perçaient les brumes de l'aube, puis on bringuebalait pendant des heures, à regarder sauter le paysage;
elle se plaignait, elle avait froid, elle détestait les voyages, et je jetais sur elle mon manteau.

the cage (1)

quand elle était là...
je tournais le dos,
je jouais dans les coins,
je m'accrochais aux barreaux,
des poils poussaient sur ma nuque et mes bras et je hurlais à la lune,
j'évitais, surtout, son regard

Tuesday, August 15, 2006

I (18)

quand j'étais encore quelqu'un,
quand le monde avait encore un sens, à cause des barreaux,
nous faisions tellement l'amour - comme quoi il n'existe pas, sinon pourquoi le faire? - que la banquise avait commencé à fondre, emportant les inuit et les ours blancs,
et que nos fumées toxiques creusaient des trous dans le ciel d'ozone,
tandis que les soubresauts de nos spasmes mettaient le Moyen-Orient à feu et à sang,
et jetaient des avions explosifs sur les tours des babels du monde riche

Monday, August 14, 2006

I (17)

chaque fois qu'elle s'éclipsait, il n'y avait plus de place que pour elle

I (16)

dans le trouble des corps, il n'y a que le trouble des corps,
l'ivresse qui serre le coeur et fait tourner la tête
et enflamme aussi sûrement qu'un bidon d'essence

nous ne commencions à nous aimer que quand elle partait,
et tous mes malheurs sont venus de là,
de la force d'asservissement de cet inutile attachement

parce qu'elle partait, les plaies du corps cicatrisaient
et l'esprit se mêlait de tout parce qu'il avait le temps,
mettant sur tout des étiquettes,
nommant à tour de bras,
ouvrant de fausses portes auxquelles on n'aurait pas songé sans son zèle imbécile

I (15)

comme la mort, tiens, qui est ce que la vie a produit de plus abouti;
ses grands filets dérivant qui ramassent au hasard, raclent le fond des mers et du ciel,
sans discrimination, sans distinction de race ou de religion,
la mort qui inlassablement, mais paresseusement, recycle, pour que la vie suive son cours

I (14)

comment peut-on être assez bête pour croire qu'on apprend à vivre;
en flottant, on trouve toujours assez d'air et d'eau et de plancton,
vivre, c'est dériver,
on trouve toujours assez de corps pour apaiser les désirs,
assez d'écueils pour disperser les idées contaminées que la mer et les cyclones ont bien le temps de recycler

I (13)

à l'époque où je n'avais pas encore renoncé à tenir, malgré la douleur persistante dans les articulations;
où je n'avais pas appris (si j'avais su que ça ne s'apprenait pas, qu'il suffisait de lâcher, comment peut-on être aussi con, aussi tendu) à flotter, et que ce n'est ni mieux, ni pire,
mais beauoup moins cher, quitte à être inutile, comme le reste de l'univers

Sunday, August 13, 2006

I (12)

littéralement, je veux dire;
j'ai pris du beau sparadrap blanc, comme pour un mariage, et je me suis scotché la gueule,
avant d'aller leur rapporter mon passeport,
ça n'a pas évité les questions, mais pour les réponses, c'était parfait;
évidemment, si j'avais voulu être un héros du genre veuve indienne ou kamikaze, j'aurais pris un bain d'essence avant de sortir, et arrivé devant eux j'aurais craqué une allumette,
mais je n'étais qu'un singe raté, ni grand, ni courageux,
et comme tous les lâches, je tenais à ma petite vie de merde;
enfin, c'est ce que je croyais encore, à l'époque

I (11)

alors je me suis fermé ma gueule tout seul comme un grand (singe qui a renoncé à se faire croire qu'il était de taille) avant qu'on me la claque de force...

I (10)

j'avais perdu beaucoup trop de sang,
un vrai navet
pas très malin pour l'endurance,
et puis,
je parlais trop,
et ça ne m'avait rapporté que des ennuis,
un jour quelqu'un m'avait dit, "tu parles trop pour quelqu'un qui n'a rien à dire",
ce qui me paraissait une bonne définition de ma connerie et de l'humanité en général

I (9)

alors autant flotter et renoncer à la lutte,
quand j'ai découvert la fatigue chronique, j'ai commencé à dévisser un barreau sans me faire croire que j'allais ainsi échapper à la cage;
de toute façon, j'avais déjà perdu beaucoup de valeur aux yeux de ceux qui m'avaient capturé

I (8)

on croit d'abord qu'à force de tomber on apprend à se relever,
et puis on découvre qu'on n'apprend rien d'autre que la répétition de la chute

I (7)

on peut tenir longtemps, ainsi suspendu,
toute une vie,
on peut en mourir
j'ai toujours su que je n'étais pas un grand singe, mais je ne voulais pas le croire, c'était trop bête...

I (6)

je ne cherchais plus rien,
et surtout pas l'amour dans le trouble des corps,
de vraies vacances, pour moi qui n'avais jamais rien compris à rien ni à personne mais qui avais quand même tenu à m'accrocher aux branches de plastique toutes ces années du malentendu

I (5)

de nuit en nuit, on a moins peur, on ne voit personne, on voit tout le monde, peu à peu c'est la même chose, personne ne me cherchait, personne, vraiment, ne s'intéressait à moi, ils me croisaient sans me voir ni chercher à comprendre, j'allais et je venais comme je voulais avec ma masse confuse de désirs et d'idées idiotes accrochée dans le dos

I (4)

au début, dans un reste de vanité, on se cache (moi je m'étais toujours caché, alors c'était facile) pour échapper à d'éventuels poursuivants.
mais ma première nuit fut si calme, si vide, que j'en eus presque peur

I (3)

évidemment, sans papiers, sans l'avis des autres, sans les barreaux de la cage, il ne restait pas grand-chose; une masse confuse de désirs et de pensées inutiles; une suite d'actes désordonnés, sans plan, sans ambition, sans illusion.
mais on s'habitue vite

I (2)

depuis le jour où j'avais rendu mon passeport, en leur disant, "et maintenant, foutez-moi la paix".

I (1)

je suis...
je ne sais pas qui je suis,
c'est une question à laquelle j'ai cessé de m'intéresser depuis longtemps.

Friday, August 11, 2006

jellyfish invasion (5)


qu'est-ce qu'y a?
j'ai une méduse sur la tête?

beachcomber

quand j'ai vu leurs viandes étalées sur ma plage,
je me suis dit que décidément l'amour était un suicide

un suicide collectif,
avec moi en tsunami
et toi comme dernier souvenir
un sursaut dans l'écume
au milieu de leurs cris d'épouvante ou de surprise...

dans mon placard il faisait frais,je riais tout seul en appuyant frénétiquement sur la capsule pressurisée,il devait y avoir un gaz hilarant dans les CFC,et puis si ça marchait, si je réussissais à m'asphyxier,j'aurais la satisfaction d'emporter avec moi un morceau de la couche d'ozone,sans laisser de traces - les molécules d'odeur ne pèsent pas lourd dans la balance de la mémoire des vivants en transit.autant profiter des soldes, qui viennent de commencer...

comètes du mois d'août

j'étais dans l'avion qui n'a pas explosé au-dessus de los angeles

dommage
tu m'aurais aimé, en particules lumineuses, façon Perséïdes...

difficile de faire des reproches à des atomes
d'épingler des fragments
d'engueuler la poussière...

quoi que...
l'amour avec toi
ne connaît pas les lois
de la physique

jellyfish invasion (4)

"l'oeil de la méduse"

- Surtout ne me regarde pas! Ne me regarde plus jamais, tu entends?
Toute la nuit, dans le rêve haché de mon insomnie, j'avais cherché justement ces yeux, malgré le feu et la fièvre des brûlures. Il m'attira à lui, serrant sur les boursouflures de mes épaules la paume épargnée de ses mains.
- Si tu veux que notre amour survive.
Car il ne restait de nous que ces coeurs blancs - l'intérieur de nos mains... J'ai hurlé de ses mains sur mes hanches à vif... Il est entré en moi en gueulant des plaies enflées de son sexe, il est entré en moi en déchirant la dentelle blessée de mes lèvres...
Je n'ai pas vu l'infirmière encadrée dans la porte, et qui plaquait une main contre sa bouche ouverte.
... Il ne restait de nous que nos paumes blanches et pures, et des yeux qui avaient vu l'enfer entre deux eaux et qui ne devaient plus jamais se rencontrer...

Wednesday, August 09, 2006

jellyfish invasion (3) : the price of love

comme un mur d'escalade
badigeonné de gélatine de méduse
tu es peut-être de l'autre côté
en train de faire la même chose que moi,
en train de me chercher,
en train de grimper dans le feu des piqûres
en train de brûler

l'amour, ça se paie
qu'est-ce que tu crois?

Tuesday, August 08, 2006

jellyfish invasion (2)

amours en gelée:

un couple a plongé des rochers abrupts de coco beach pour se prouver son amour
tout y était, le soleil, le vent, l'eau aigue-marine et les chevaux d'écume

ils cherchaient l'épreuve du feu
curieux comme parfois on trouve exactement ce qu'on cherche
c'est si rare
l'épreuve du feu...
un banc de méduses amoureuses
dérivant paresseusement entre deux eaux,
se laissant vivre et ballotter,
c'est ainsi que les méduses se reproduisent,
bancs d'amour...

c'est comme si le couple, tout préoccupé de lui-même, s'était assis sur ce banc pour s'embrasser avant de comprendre...

... j'imagine leur panique,
les brûlures en rafale,
leurs gestes désordonnés,
leur impuissance à fuir,
même plus le temps d'échanger des regards,
de penser à l'autre,
sauver sa peau déjà bien mal en point...
ou bien ont-ils été héroïques? l'un cherchait-il à sauver l'autre avant lui-même?

couple à la mer
baptême du feu
bénédiction des méduses - il faut du courage, il faut y croire, la vraie foi a un prix

sur leurs lits jumeaux d'hôpital,
ils bénissent les minerves qui les dispensent d'avoir à chercher ou à fuir le regard de l'autre...

hasard des aiguillages

il y a des drames qui ne se rencontrent jamais

chemin des drames

j'irais bien chez toi
parfois on se lasse d'attendre
de rater les trains
et même de ces voyages effrénés où l'amour se fait anonyme, multiple et insatiable

on se lasse de tout
et dans ces moments-là on se reprend à aimer
on connaît le chemin,
on avance comme dans un programme,
les rues s'enchaînent, et au bout il y a la lumière,
le miracle de ta fenêtre toujours éclairée
par un rayon de soleil
ou de lune
ou l'ampoule d'une lampe
ou ton sourire au milieu des géraniums
on finit toujours par te trouver
tu es toujours là quand on te cherche,
aussi facile que tu es impossible à rejoindre dans les voyages et les transports en commun
qui sont le mode habituel de mes amours

je sais que tu n'aimes pas ce on
comme si j'étais plusieurs
et que tu ne veux pas être légère

justement :
derrière les géraniums
derrière la porte,
tu comprends? c'est pour ça que je n'entre jamais
derrière le rond de lumière,
il y a,
tu ne peux pas t'en empêcher,
ces mouchoirs, ces pleurs, ces papiers qu'il faudrait signer,
ces menottes et ces chaînes hâtivement glissés sous le lit

arrêt du drame

je t'attends toujours dans l'ombre
parce que c'est là que je t'ai rencontrée un soir en descendant d'un autre drame
je fume des cigarettes noires qui n'ont pas le goût de tes lèvres
en évitant le regard des autres
et je guette les yeux effilés du tram dans la nuit

il m'évite
ne vient pas
ou passe trop vite pour que je puisse monter ou que tu puisses descendre
et chaque fois ce regard entre nous,
toi derrière la buée d'une vitre,
moi dans la fumée de cigarette

écrasé sous la pointe de ma chaussure un ticket vierge
les gens, les poches et les poussettes pleines de leurs problèmes, m'engueulent,
"quel gâchis! pensez aux autres!"
je crache à leurs pieds avant de tourner le dos,
mes talons sonnent dans le soir

Monday, August 07, 2006

tramway (2)

Alors je me suis mis sur les rails à l'heure où on songe habituellement à se ranger des voitures.
Dans la cabine, il faisait noir. J'ai touché un bouton au hasard. J'ai grincé. Je me suis lancé dans les lueurs confuses de la nuit urbaine. Les gens faisaient des signes mais je ne savais pas comment m'arrêter, alors ils montaient comme ils pouvaient, et avaient des accidents en essayant de descendre, parce qu'on ne me quitte pas comme ça. L'amour se faisait vite, il était urgent, dans les cahots et l'obscurité. On s'attachait, on s'accrochait aux barres, on se collait aux vitres pour se faire prendre par des inconnus. On n'avait le temps de rien. Il fallait sauver sa peau et vivre des aventures sans lendemain, entre deux arrêts mais ça ne s'arrêtait jamais. On vivait plusieurs vies amoureuses en même temps, et quand la mort venait, on ne se rendait compte de rien. Une chute fatale, une syncope, un spasme trop violent, et c'était fini, le noir était complet. Le jour venait et repartait, mais ça ne changeait rien. Il fallait continuer à s'aimer. A foncer dans l'inconnu. A brûler dans la distribution incohérente du plaisir.

Saturday, August 05, 2006

Nove Noites

"Le plus incroyable dans les naissances est l'euphorie aveugle dans laquelle les parents noient les risques et les impondérables attachés à leur création toute neuve, l'espoir avec lequel ils la reçoivent qui les poussent à transformer en heureux présage leur incapacité à prévoir l'avenir et leur conscience de l'inutilité de toutes les mesures de précaution. S'il n'en était pas ainsi, il est fort probable que l'être humain aurait disparu de la face de la terre de la main même de mères dévouées et criminelles".

bernardo carvalho

wolfish

une faim de loup...

les loups ont presque disparu
parce qu'ils ne savaient pas se nourrir

ceux qui restent errent à la lisière des villages
et se font prendre
et clouer aux portes des maisons

j'étais ce loup efflanqué
en croix
sur le bois tendre et poli
de ta porte...

tramway

j'étais un être de désir
le reste...
le reste ne m'intéressait pas.
désir de l'autre
faim de la faim de la peau chaude de l'autre

... avoir faim
ne jamais
jamais
être
rassasié

Friday, August 04, 2006

jellyfish invasion

j'aime les invasions massives de méduses (brunes)
c'est comme l'amour
on a envie
faut y aller
plonger
sans réfléchir
et comme l'amour
ça fouette
ça pique
ça brûle
on est fini
défiguré
presque mort
avec des marques
des traces
des scarifications
on est
on est
mystifié

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