PORTEUR!
comme des flagellations;
des jours où je ne fais rien parce que mon cerveau est presque mort à force de mollesse et de délition;
c'est à peine si mon bras, alourdi au rebord d'une fenêtre qui donne sur la rue cacophonique, trouve la force de soulever le voile de lin;
mes doigts s'agitent faiblement;
ils expirent un "porteur!" qu'il faut être affamé pour entendre.
affaissé sur les coussins de cuir sale du rickshaw,
je ne bouge que des cahots;
kilomètre après kilomètre je veux voir la souffrance du coureur,
l'huile qui coule entre ses omoplates,
la grimace crispée de son visage,
sa maigreur contre l'opulence de mes bourrelets en cascade:
seul son martyre me tire de ma torpeur.
... mon pourboire est généreux,
et la nuit, installé sur le toit, baignant dans les essences de fleurs,
piqué par les essaims d'étoiles,
j'écoute les battements précipités du coeur






